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D'un
Bleu Turquoise (8ème
épisode)
Dans
la pièce qui m'avait été réservée
par les soins de la gardienne de l'antichambre, je m'étendis
sur un grand lit ayant plusieurs oreillers de douceur soyeuse. La
pièce avait été retenue en signe d'honneur
à mon égard. Je l'acceptai avec beaucoup de gratitude
et d'humilité. D'ici, je ne percevais rien de ce qui se passait
dans le Temple. Il y avait cependant le même genre de mélanges
d'essences diverses, à mes sens inconnues. Je me rendis compte
néanmoins qu'il ne s'agissait pas des mêmes mélanges
que celles prévalant dans l'enceinte du Temple proprement
dit. Il s'agissait ici d'une véritable découverte
d'essences nouvelles. Familier aux essences courantes, telles la
rose, la myrrhe, le jasmin
etc, je ne m'étais jamais
auparavant imaginé qu'il pouvait y avoir d'autres essences
aussi différentes et cependant aussi bonnes. Il était
clair que les propriétés de ces essences allaient
bien au-delà du simple plaisir olfactif. Leur impact sur
le corps psychique était très palpable sans l'ombre
d'un doute. 
Etendu, je me mis à méditer sur les choses qui furent
dites pendant la cérémonie, conscient du double aspect
de leur nature. Celles dites par le truchement du verbe et faisant
partie de l'ambiance vibratoire des lieux, projetaient une vénérabilité
et devenaient en quelque sorte le canal porteur d'un décret
cosmique. Les réverbérations engendrées à
travers le candidat, devant se transporter de siècle en siècle
à d'autres candidats, le moment venu, en vertu du Principe
de Retour ou encore du Cercle. Le candidat deviendrait le moment
venu le guide pour un autre chercheur de la Lumière. L'Eternel
Présent dans sa mouvance, générateur d'un flux
continu. De cela, j'en étais conscient.
J'étais également conscient de l'aspect personnel
des choses révélées par osmose à mon
fort intérieur. Ces choses-là contribueraient à
satisfaire la difficile question du " Qui suis-Je ? ",
question dont la réponse tant attendue avec douleur, arriverait
de façon inattendue. Question implorante, dont les ramifications
pourraient un jour justifier une existence et la modeler sur un
plan cosmiquement inclusif ; le plan prendrait en compte tous les
paramètres lointains et de proximité. Un souhait longtemps
entretenu dans un optimisme désespéré.
J'imaginais
tous ceux qui avant moi, avaient eu le privilège de visiter
ces lieux saints et insolites. Une soudaine liste de noms se fit
jour dans mon sanctum intérieur que je me mis à lire.
Elle était longue
très longue. Je reconnus de
suite certains noms célèbres qui avaient traversé
les siècles. Je me rendis compte rapidement qu'en proportion,
ceux-ci ne constituaient qu'une insignifiante partie de la liste.
En fait, ils n'étaient qu'une minuscule goutte d'eau dans
une grande étendue d'eau. Je fus aussi émerveillé
de voir qu'il y avait des noms venant de tous les coins du monde,
de toutes les races et de toutes les cultures existantes. Il n'y
avait nullement prépondérance d'une culture sur une
autre. Je lisais ainsi les noms des êtres que l'on pouvait
véritablement appeler : " Fils et Filles de la Lumière".
Une
silhouette se dessina dans l'entrée de la grande pièce
le
céleste sourire me fut adressé. Reconnaissant dans
ses moindres détails les traits de son visage, je me levai
et m'avançai vers
Ayana. Ses travaux du Temple achevés,
Ayana était venue dans la demeure par elle préparée,
me retrouver.
Les bras étendus dans ma direction, elle me porta son salut
:
- Beni soit ce jour Ô divin époux, fils de la dualité
vivifiante des délices de l'Eden. Sois le bienvenu, Ô
enfant prodigue.
- Epouse tendre, l'autre Moi des célestes noces alchimiques,
Ô fille des éternelles verdoyantes prairies de l'Olympe,
comblé, je suis, en ces lieux enjolivés de ta présence,
lui répondis-je.
- Te souviens-tu qu'en ces mêmes lieux, nous eûmes,
Ô amant divin, dans nos rôles inversés, la visite
impromptue de l'Etre Lumineux qui nous apprit tant sur nous-mêmes
?
- Je m'en souviens
je m'en souviens. Je m'en souviens maintenant.
Mais quel est donc ce mystérieux voile qui est descendu sur
mes yeux, aussitôt que je fus sorti de ces lieux célestes
? Pourquoi devons-nous demeurer dans l'obscurité, étrangers
à nous-mêmes ? Pourqui devons-nous souffrir la torture
de la question du " Qui suis-je ? " ? Mille et une visions
sont depuis lors venues me guider, me gardant ainsi à l'abri
d'erreurs et de l'ignorance. Mais derrière le voile, j'ai
demeuré. Ô mystère!
pourquoi?
- Crois-tu donc, Ô divin époux, que la seule l'initiation
aux mystères de l'Etre soit une permission à tout
jamais donnée au candidat reçu pour lire, à
volonté, dans les pages secrètes de la vie dont seul
le Grand Architecte en a accès ? Moi aussi, j'ai erré
dans les dédales du " Qui suis-je ? ". J'ai pleuré
de nombreuses fois, désespérée de ne pouvoir
obtenir de réponse claire. J'ai invoqué les Gardiens
de la Lumière de daigner me répondre. A mes supplications
a suivi un silence étouffant, brisant l'ardeur de mes requêtes
continues. " Qui ne suis-je pas ? "
prit pour un
temps le relais de mon introspection.
- Fille de l'Amour, Musicienne de la harpe des plus subtils états
de mon âme, tes paroles de sagesse apportent répit
et circonspection à mes mortelles préoccupations.
L'alternance du jour et de la nuit, de la marrée montante
et de la marrée basse, des pleurs et des rires, de la vie
et de la mort, du flux et reflux
cette alternance, n'est-elle
pas la Loi qui nous suffise ? Dans tes yeux Ô épouse
divine, je me vois
je suis toi ; toi dans le passé et
dans le présent. Toi et moi, monade décrétée
dont l'épanouissement, attribut inaltérable de l'Etre,
se poursuit de siècle en siècle. Le cours de la rivière
ne nous appartient guère même si nous goûtons
à la fraîcheur de ses eaux.
- Je te porterai en moi, comme je l'ai toujours fait, dans tous
les états que j'assumerai, au gré des décrets
célestes, auxquels je m'abandonne. Beni soit ton retour en
ces lieux. Beni soit ton séjour ici, dans la chaleur de ma
Passion
Passion pour la Lumière
Passion pour la
Vie
Passion pour l'Amour.
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)
Jean-Pierre
Simons
© 2003
Note:
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