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D'un
Bleu Turquoise (9ème
épisode)
Je
connaissais trop bien le coeur dAyana et connaissais par conséquent
sa Passion exprimée. Une existence conduite sous légide
de lAmour, au fil du temps qui ne se mesurait pas. Il ny
avait aucunement nécessité à le faire. Une
existence puisant son essence même dans labandon total
aux énergies génératrices universelles, tant
et si bien que rien déphémère ne pouvait
en altérer lorientation. Une vie qui rappelait et manifestait
la présence de léternelle MÂ Universelle.
Telle était cette existence quelle laissait apparaître
sur la toile quelle peignait, jour après jour
que
dis-je ?
siècle après siècle, en fait,
dalternance en alternance.
Notre chambre se remplit dune chaleur émotionnelle
dans laquelle nous baignions, dans une intense communion sur tous
les plans de nos êtres, en une innocence régénératrice.
Lhumain en nous assumait les prérogatives liées
à son état. Cette capacité de modulation nous
permettant dêtre à la fois homme et dieu, véritable
privilège découlant de lapplication du célèbre
adage « Homme, connais-toi, toi-même
» ;
telle était, en tous temps, notre devise à notre service.
Tous nos sens participaient à la célébration
existentielle que nous avions en partage. Le moindre son, la moindre
nuance dans la couleur, la plus subtile saveur et le moindre effleurement
prenaient de la résonance et de lamplitude ; le tout
participant à un polyphonique délire élaboré
et agréable.
Exister
Etre,
tout simplement Etre ! Ceci impliquait une « consciencisation
» englobant un certain détachement, un abandon à
tout ce qui se reflétait sur lécran de notre
objectivité, mais aussi et également, une ardente
soif de « connaître », de sentir, de « vibrer
avec » qui nous impliquait dans tout ce qui nous était
approchable, touchable, et de quelque autre manière, sujet
dexploration.
Le regard de l'un devenait ainsi pour l'autre, une porte géante
invitant à un voyage dans linfini. Lon devenait
tout ceux qui se regardent , qui se sont jamais regardés
ou qui se regarderont dans un moment de passion exprimée.
Une harmonisation avec le Tout prenait les devants.
Le bruit, pourtant léger, de nos corps sur les oreillers
soyeux sur lesquels nous nous étendions devenait partie intégrante
de la Musique des Sphères qui nous propulsait dans des cercles
toujours grandissants, rapprochant du non-être. Une main dans
celle de lautre, invitante et abandonante ; un léger
souffle dans le creux dune oreille, évoquant lécoulement
ininterrompu du torrent de la Vie ; un murmure, dont lintensité
vibratoire se réverbérait dans linfini ; un
autre toucher délicat dans le cou de lautre ; une main
dans les cheveux devenus hypersensibilisés avec chaque mèche
consciente de son individualité et cependant participant
du Tout ; une odeur de parfum, dencens et dautres essences
; une moiteur, une humidité ; des gouttes de sueur, perles
abritant le fiat embryonnaire ; un soupir, un râle; un gémissement,
une étreinte ; un tremblement, un frémissement
un
tremblement et puis une autre étreinte. Amants, amoureux
et époux, étions-nous.
Pendant combien de temps séjournai-je en ces lieux ? Ne l'ai-je
pas laissé entendre? Le temps ne se pouvait ou ne se laissait
mesurer. Seul limmuable Présent avait prise, en toute
majesté. Et puis, était-il important de savoir comment
mesurer le temps dès lors que je me trouvais en noces alchimiques
avec mon autre moi, avec le parfait miroir de mon être, pour
qui dailleurs je représentais inversement les mêmes
choses ? Non ! je ne men souciais guère et laissais
léternité devenir Réalité. Etre
tout
simplement Etre !
Le « qui suis-je ? » nétait nullement annihilé
et gardait toute sa sincérité et toute son ardente
nature. La soif de la connaissance qui nous avait toujours
habité restait lun des vecteurs existentiels de notre
voyage dans les sphères de la Vie. Nous savions que le moment
venu, un peu plus nous serait révélé sur nous-mêmes.
Cétait une solennelle promesse, à nous, faite.
Nous nétions aucunement anxieux de son avènement,
réalisant quune telle chose ne se ferait pas inopportunément,
mais sinscrirait dans un contexte appelant à son inéluctabilité.
En étions-nous arrivés à ce point ? Nous eûmes
lintuitive connaissance de quelque chose sur le point de se
révéler à nous
ici même, dans cette
pièce qui était devenue de par sa qualité vibratoire,
une réplique du plus fameux jardin à jamais conté
le
Jardin de lEden.
Nous
nous levâmes, la main sur le cur, pour marquer notre
humilité, lorsque nous vîmes quau milieu de la
pièce commençaient à se concentrer, des particules
de lumière se déplaçant dans des orbites impossibles
à imaginer. La pièce à présent se remplissait
dune lumière de plus en plus distincte.
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)
Jean-Pierre
Simons
©
2003
Note:
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