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Volume
6 Nov. 2002
D'un
Bleu
Turquoise
(2ème épisode)
Tout
commença en cette année 1970. Le temps au mois de Juillet, coïncidant
avec la période dite de grandes vacances scolaires, était chaud
et humide. Les habitants de la ville de Douala au Cameroun, ma ville
natale, étaient accoutumés à la chaleur brûlante de l'astre du jour
qui à son zénith ramollissait par endroits, l'asphalte des rues
goudronnées. Douala, surnommée la Capitale Economique du Cameroun
non sans raisons. Cette ville battait de son effervescence habituelle,
mue par la gaieté et la joie de vivre de ses habitants. Le coucher
du soleil, vu du long Pont du Wouri exerçait toujours sa fascination
sur les cœurs sensibles comme le mien. Une émotion à la fois étreignante
et presque nonchalante de par son quotidien, peut-être par trop
stéréotypé, se saisissait de cette population laborieuse dès le
lever du jour.
Le
tumulte de cette ville apposait son indélibile sceau sur la psyché
de l'adolescent que je devenais, par le truchement d'un ensemble
de choses à première vue déconnectées, les unes aux autres.
Tels étaient par exemple les aboiements d'un chien, suivis plus
tard par les sifflotements joyeux d'un homme sur sa bicyclette,
allant à son travail ; ou bien encore les chamailleries d'un groupe
d'amis scandées par des " Ah dis-donc ! " et des " Ah toi aussi
! " et des "Ah laisse tomber ! " ; le tout se juxtaposant au klaxon
d'une locomotive lancée sur son itinéraire Douala-Yaoundé. Les mécaniciens
avaient appris par habitude, à faire chanter au puissant
klaxon du géant en acier, un certain " jingle " bien connu de la
population. Une sorte de clin d'œil, un mélange d' "au revoir "
et de " bonjour ! " à qui l'entendait.
Ces
choses, et bien d'autres, notamment une très bonne entente avec
mes amis d'enfance, avaient réussi à imprimer en moi un attachement
profond pour cette ville … Douala…ma ville, décor d'une enfance
heureuse.
En
cette période de grandes vacances, mes parents et mes oncles maternels
eurent une idée : celle de me faire continuer mes études, dès la
rentrée suivante, auprès de mes oncles. Je devais partir dans une
ville très lointaine au Sud du Cameroun : Ambam. J'accueillis la
nouvelle avec enthousiasme et regret. Ayant déjà visité plusieurs
fois mes oncles, je n'avais aucune appréhension quant à mon insertion
dans mon futur cadre de vie ; j'eus cependant un pincement au cœur,
à l'idée de partir de Douala pour une…deux, voire plusieurs
années.
Tout
se mit en place très vite et je me retrouvai rapidement, après quelques
deux semaines, assis dans un train dont la locomotive tonnait son
fameux " jingle " . Direction Yaoundé…puis ce devait être par car,
Ebolowa…puis Ambam. Telles étaient les étapes importantes de mon
voyage. J'avais la possibilité de me reposer chez des contacts à
mes parents à Yaoundé et à Ebolowa ; ce qui mettait le voyage à
deux ou trois jours.
J'arrivai
à Ambam, petit bourg de terre rouge, accueilli avec joie et curiosité.
Citadin j'étais, aux yeux de ceux, ici, qui n'avaient jamais voyagé
au-delà d'Ebolowa. Il ne me fallut que très peu de temps pour me
faire de nouveaux amis. Ceux-ci m'initièrent à toutes leurs activités
quotidiennes et moi, à mon tour, je leur fis don de quelques curiosités
des jeux de ma ville.
Ainsi
s'égrenèrent rapidement le restant des semaines de vacances. La
rentrée se fit sans problèmes. Je fus inscrit dans une école catholique.
Rien ne me donnait une prescience de quelque chose d'important qui
se passerait dans ma vie, ici à Ambam. Rien ne semblait s'inscrire
dans l'extraordinaire. Rien, absolument rien, ne me dévoilait que
je faisais en somme un pas vers un rendez-vous avec le destin…le
mien.
Et
pourtant ! Un frisson traversa mon corps tout entier ce jour-là…
La grande cloche de l'école venait de sonner la fin des cours et
les élèves s'empressaient de sortir de leurs salles de classe. Mon
regard croisa, presque accidentellement, celui d'Ayana…
Un
oiseau mystérieux, animé par une sorte de résonance harmonique se
mit à chanter en tournoyant au-dessus de nos têtes. Fut-ce un présage?
Une vibration semblait croiser une autre ; une pièce d'un puzzle
semblait se mettre en place. Là, pendant un laps de temps qui semblait
durer plusieurs dizaines de minutes…là, je perçus une onde qui s'immisçait
dans les profondeurs de mon être. Quelque chose, utilisant le canal
de cette fille aux yeux bruns à l'iris noir. Là, se mit en marche
un processus qui, croissant plus tard en âge et en intensité se
résolvait déjà à me tenir compagnie en tous lieux et en tous temps.
Ayana,
fille d'instituteur, était à la fois distinguée dans ses allures
et discrète dans ses contacts, ce qui lui conférait un air d'approche
difficile. L'on ne pouvait pas dire qu'elle était hautaine, à cause
de ce sourire délicieux que son beau visage laissait éclore la plupart
du temps. Il y avait cependant, cette aura de mystère et de grande
sophistication autour d'elle, qui paralysait très rapidement le
plus hardi des garçons qui se lançait dans l'aventure de sa conquête…
(A
Suivre…A Suivre…A Suivre)
Jean-Pierre
Simons
© 2002
Note: Les
précédentes Lettres peuvent être lues à
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