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D'un
Bleu Turquoise (3ème
épisode)
Une
certaine assurance, tant dans son élégante démarche
que dans sa réserve, ne laissait de doute aucun, sur le fait
que Ayana se savait jolie fille et qu'elle attirait l'attention
sans effort de sa part. Il transparaissait également de sa
fine silhouette de biche la subjective impression que cette fille
se réserverait au plus méritant de ceux nombreux qui
rêvaient déjà, en son cur, d'entrer.
Pouvais-je à cet âge d'adolescent en devenir, parler
d'Amour ? M'était-il permis d'oser interroger et de solliciter
les dieux qui de l 'Olympe mythique pourraient m'accorder la faveur
de connaître cette force vivifiante
l'Amour ? La vérité
est que je fus troublé, surpassé et impuissant face
à ce que je ressentais. Une chose restait claire cependant
: je me surpris, sensible à la nature de cette fille aux
yeux bruns à l'iris noir.
J'avais un avantage certain sur mes rivaux, puisque citadin, j'étais.
Mais cet avantage avait, du fait précisément de mon
statut envié par certains, un double tranchant
la jalousie
en était l'un. Il était facile de me peindre sous
un jour peu flatteur, et de fomenter mon exclusion et mon rejet,
de la part de ceux qui ne me connaissaient pas bien. Un calme s'installa
cependant en mon fort intérieur. Je compris que la force
qui avait daigné visiter mon être profond ne se devait
par trop être sollicitée. Il convenait d'être
patient et de laisser le temps
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révéler
sur l'écran de mon âme, le contenu et le sens de mon
expérience. Contempler la vibration, lui être disponible
et cependant être prêt à la perdre s'il devait
en être ainsi. L'une des vertus cardinales que mon existence
développera en force et en âge sur son alchimique fourneau
du temps me fut ainsi présentée.
Le
plus pur des hasards voulut que nous fussions, Ayana et moi selectionnés
dans le groupe culturel de notre école, pour présenter
plusieurs sketchs, lorsque vint le temps de célébrer
la joie d'apprendre, dans le cadre de la " Soirée Culturelle
". Cette tradition avait toujours eu lieu, m'apprenait-on,
chaque année, à la veille de la nuit de Noël.
Le rapprochement se fit tout naturellement, entre elle et moi.
Nous eûmes à présenter un sketch dans lequel
nous étions deux amoureux séparés à
l'improviste par des circonstances incontrôlables de la vie.
L'histoire faisait revenir l'amant de longues années plus
tard vers la ville de sa bien-aimée avec qui il n'avait malheureusement
pas communiqué, parce que ne le pouvant point. Il lui était
resté fidèle et elle le lui était restée
également.
Le cruel de l'histoire voulait que l'amant, à son retour
vers sa bien-aimée, n'eût plus qu'une tombe qui l'attendait.
Sa bien aimée
son Amour était décédée
pendant son absence. Il devait se consoler de sa tristesse en se
laissant dire que son âme avait été accueillie
au Paradis, du fait de sa pureté, mais aussi du fait de sa
capacité à si profondément aimer
Une
amitié profonde nous liait désormais. La connivence
du sketch jointe à l'émotion partagée pendant
notre prestation avaient produit une attirance plus grande encore,
de l'un vers l'autre. Je n'avais pas eu besoin de mots explicites
pour faire une déclaration d'amour, Ayana non plus. Nous
savions intimement que nous étions proches, l'un de l'autre.
Une intuitive compréhension en nos curs battait un
rythme que nous percevions parfaitement, malgré sa structure
quelque peu complexe pour les adolescents que nous étions.
Des petits cadeaux suivirent ; au " bal des jeunes " je
devins son cavalier préféré qu'elle choisissait
toujours lorsque venait le " tour Américain ",
moment où les filles avaient la priorité du choix
d'un partenaire pour un certain nombre de danses
Nous nous
aimions sans le déclarer. Mon cur était plein
de gratitude pour ce qui lui arrivait.
La
seconde année scolaire s'en vint. En plein milieu de celle-ci,
je reçus la nouvelle de mes parents m'annonçant que
je serais de retour à Douala l'année suivante pour
rentrer au collège. Le soudain de la nouvelle m'attrista
énormément. Je n'y pouvais rien cependant. Je ruminai
ma peine en secret pendant quelques semaines. J'eus enfin
le
courage de dire à Ayana que je devrais bientôt partir
partir
loin d'elle pendant de longs mois ; que je ne pourrais et ne saurais
contrôler les évènements futurs; que mes parents
étaient les seuls décideurs de mon sort et par voie
de conséquence du sort de nos sentiments, l'un pour l'autre
; que je ne savais ni où et quand je pourrais jamais la revoir
La
peur d'une prémonition relevant du sketch qu'elle et moi
comprenions intimement se fit grande et effrayante en nos esprits!
J'eus très peur en devinant la pensée qui l'habitait
momentanément. Nos yeux se pénétrèrent,
en silence
Quelques
jours avant mon départ d'Ambam, Ayana m'offrit une photo
d'elle, de la taille d'une photo d'identité. Je promis de
lui écrire en secret, par le canal d'un cousin qui se proposait
comme notre messager
(A
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Jean-Pierre
Simons
© 2002
Note: Les
précédentes Lettres peuvent être lues à
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