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D'un
Bleu Turquoise (4ème
épisode)
Mon
retour à Douala fut aigre-doux. Je me rendis compte à quel point
son décor m'avait manqué pendant mes deux années d'absence. Mes
amis étaient toujours là. Nous étions tous heureux de nous revoir.
C'est avec une grande acuité que les différences entre Douala et
Ambam se révélaient à mon esprit. La couleur du sable gris et blanc
de la plage contrastait fortement avec le sol latéritique auquel
mes yeux s'étaient habitués pendant deux ans. Même le chant des
oiseaux me semblait différent. Ma première promenade à pied dans
mon quartier, aussitôt arrivé, me rassura et me combla de joie.
Je fus heureux de voir que très peu de choses avaient changé pendant
mon escapade.
Je revenais ici, prêt à aborder le collège, excité par la vision
d'un horizon nouveau, inconnu. Je me visualisais déjà portant un
gros cartable qui serait désormais alourdi par des livres " importants
". Je revenais ici avec le secret orgueil d'avoir découvert des
horizons lointains, un peu comme
une preuve supplémentaire à mon nouveau statut : celui de collégien.
Je revenais ici, au berceau de mes innocentes émotions. Mais j'y
revenais aussi, marqué d'un sceau invisible que seule mon âme comprenait.
Mes amis ne pouvaient deviner qu'au plus profond de moi-même, les
choses n'étaient plus exactement ce qu'elles furent deux ans auparavant.
Une certaine vague connectante me liait à quelque chose de plus
grand que moi-même. Je pouvais fermer les yeux, et instantanément
me projeter dans un monde autre, un monde dans lequel un sourire
et un visage, à mon cœur chers, constituaient une poésie de grande
beauté. L'Amour faisait désormais partie intégrante de mon univers.
Curieusement, cette réalité nouvelle ne se montrait pas aussi dévorante
et dévastatrice que je l'appréhendais. C'était plutôt une flamme
qui me réchauffait intensément sans porter son intensité à un point
brûlant.
Il ne se passait pas de jour sans que mon esprit ne s'élançât à
la recherche dans l'espace cosmique, d'un signe d'Ayana…
Des semaines passèrent…des mois suivirent et bientôt une année entière
vint et s'en fût sans que je reçoive la moindre lettre d'Ayana,
à qui pourtant j'avais écrit maintes et une fois. La lueur de son
regard indélébile en mon esprit, avait déjà inspiré plusieurs poèmes
dans lesquels une infatigable foi était nourrie. Espoir et optimisme,
véritables talismans à ceux qui franchissent le seuil pour entrer
dans le cercle des " disciples " de l'Amour, ces essences chères,
encensaient journellement le temple de ma vie.
La patience…Oui ! elle aussi était un des atouts dont je devais
m'armer dans cette attente qui s'étirait de plus en plus, entraînant
avec elle le risque d'un étiolement de mes amoureuses ambitions.
La patience, vertu vantée dans les cours de catéchèse que mon instruction
des valeurs religieuses me rappelait sans cesse. Il est une différence
fondamentale entre les choses théoriquement comprises et celles
connues par un empirisme rigoureux. Mon instruction en ce domaine
avait commencé.
Attendre, sans trop s'énerver. Attendre avec la ferme conviction
que l'attente ne sera et ne saurait être vaine. Attendre avec le
sentiment d'être du côté de l'Eternité, ou plutôt, de l'avoir pour
alliée, fermement ancrée à mes côtés. Attendre dans un passif non
dépressif, mais plutôt dans une contemplation, baignant dans un
flot continu de vagues cosmiques qui ne saurait être suspendu. Je
fus ainsi amené à forger de mieux en mieux l'une des choses de mon
existence qu'il convenait de voir comme un trésor.
Je dus ainsi attendre pendant plusieurs années de suite, sans aucun
signe d'Ayana. Je découvrirais plus tard que mes lettres écrites
ne lui avaient jamais été transmises. Mon cousin, mon terrible cousin,
qui avait osé se porter messager de l'Amour avait failli à sa tâche.
Une certaine jalousie doublée d'un faible esprit avait réussi à
le détourner
de la mission importante qu'il s'était donnée avec tant d'enthousiasme.
Une
ferveur s'empara de moi lorsque je fis la terrible découverte. Que
pensait Ayana de moi ? Qu'était-elle devenue ? Etait-elle triste,
percevant mon " silence " comme un comportement indigne, d'un manque
d'élégance notoire ? Ses sentiments étaient-ils les mêmes à mon
égard? Je remuai ciel et terre pour retrouver les traces d'Ayana...
Elle n'habitait déjà plus à Ambam, les informations étaient formelles
à ce propos. Plusieurs indications sur la possible localité où elle
vivrait ne menèrent mes recherches qu'à des efforts vains…
Je finis par me calmer…ou plutôt, un calme me vint au secours. Une
transition ne trahissant aucunement la ferveur de mes sentiments,
s'opéra. Elle ouvrait une fenêtre, une sorte de soupape d'aération.
Une perspective nouvelle, plaçant l'image d'Ayana dans un tableau
de fond, tout en rajeunissant merveilleusement la passion en mon
cœur vécue, s'offrit à la peine, mienne.
Un mois d'avril, revenu à la maison après une journée chargée et
fatigante, je m'allongeai dans mon lit et conduisis mon corps dans
une parfaite détente. La somnolence pris les devants et je partis
dans un état de rêve...une sorte de rêve éveillé.Dans
cet état, je me détendais au pied d'un arbre et au bout d'un
moment, je basculais dans un sommeil très profond. Une dualité de
ma conscience me permettait de savoir que j'étais en rêve dans un
autre rêve, avec une grande lucidité.
Le temps tout à coup s'étirait et se raccourcissait dans une élastique
relativité ; il s'imprimait tantôt en seconde et en heure-seconde…tantôt,
en jour-seconde…semaine-seconde…mois-seconde et même, en année-seconde.
Je prenais note des faits que je jugeais marquants, de cette surprenante
réalité mienne…
(A Suivre… A Suivre… A Suivre…)
Jean-Pierre
Simons
© 2002
Note: Les
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