|
D'un
Bleu Turquoise (5ème
épisode)
Passé
et Futur... miroirs au-dedans duquel l'éternel Présent
se regarde. Cette sorte de projection permet une réalisation
ubiquitaire, une sorte de rêve, un voyage dans un environnement
parallèle. En d'autres mots, elle permet une prise de conscience
des choses en tant que paramètres acceptés, dans des
contextes qui changent sans cependant paraître totalement
inconnus
un mécanisme qui, libérant le Soi de
ses entraves terrestres, permet à celui-ci de vivre ce rêve
fantastique.
Plongé dans cette ambiance plutôt enchanteresse, il
me suffisait de penser, pour immédiatement devenir mon penser.
Tout autour de moi était peuplade d'êtres différents
qui semblaient baigner dans la même paradisiaque mer. Rien
n'était inanimé ou mort. Pas même les rochers
qui n'étaient qu'un conglomérat d'êtres jouissant
des mêmes privilèges que moi.
Je
réalisais à quel point mes humaines émotions
étaient fermement circonscrites dans le contexte qui leur
donnait précisément existence. Et pendant que j'y
étais
à quoi ressemblerait mon monde si je me
libérais de toute idée préconçue et
de tout point de repère auquel j'ai été accoutumés?
me demandai-je. Pouvais-je en arriver à ce point de totale
libération ?
Je me résolus à considérer la genèse
de la félicité de l'Amour. L'osmose se produisit et
un fort rayon lumineux vint à moi
ou plutôt, elle
semblait émaner et s'étendre de moi, puis me revenant
dans un va-et vient continuel. Une forme humaine luminesente se
mit en marche dans ma direction. Au fur et à mesure qu'elle
approchait, je voyais de mieux en mieux les traits de son visage
se préciser. Lorsqu'elle parvint à une certaine distance
de moi, je m'aperçus que son visage découvrait un
joli et tendre sourire. A deux pas de moi, la forme s'arrêta,
étendit ses bras dans ma direction dans un geste que je compris
de salutation. Des mots furent prononcés dans une langue
que je reconnaissais comme très ancienne, longtemps disparue.
"
Femme, je suis ! " me dit la forme, révélant
ainsi sa capacité à lire chacune de mes pensées.
" Je suis Femme, vibration maternelle primordiale. Je suis
Femme, nourrice de tout ce qui est et fut. Je suis dans la Permanence
et adopte multiples formes et visages, en accordance avec les lois
qui régissent l'univers. Je suis également toi. En
somme, toi et moi sommes un. Je suis toi te regardant à travers
le prisme de la conscience. Je suis le réceptacle de l'Amour
vécu, exprimé, déifié. Je suis à
la fois calice et réflecteur, redonnant avec la même
abondance, l'Amour reçu, déposé en offrande
à mes pieds. Bénis soient ceux qui permettent à
leurs carapaces de l'assurance et du confort, d 'être transpercées
par l'onde majestueuse et gracieuse de l'Amour. Bénis soient
ceux qui, pressentant la nature de l'Amour qui se situe au-delà
des émotions humaines, et qui en fait est une Force
bénis
soient ceux qui s'abandonnent à celle-ci dans une innocence
sans retenue. De la forme de vie la plus petite jusqu'aux galaxies
lointaines, je suis l'utérus universel.
Les souffrances dites d'Amour auxquelles sont assujettis nombre
de personnes, prennent racine dans la compréhension erronée
de ma nature ; mais aussi dans l'exercice conceptuel étroit
de l'Amour. Vois et détecte en toutes choses, ma présence
et tu seras à jamais libéré des contradictions
qui conduisent inéluctablement à la souffrance et
à l'absence de la joie de vivre. Qu'elle s'appelle Ayana
ou Florence, Lize ou Efa'a Ngon (1), la femme qui éveille
en toi la passion n'est que l'une de mes innombrables images
Oui!
tu l'as bien compris. "
A ces mots, la forme fit une pause. Je m'aperçus rapidement
que quelque chose émanée d'elle s'infusait en moi.
Ses formes-pensées étaient miennes et élargissaient
mon horizon de perception au-delà de tout ce que j'aurais
imaginé ou conçu
D'autres choses furent dites qui constituaient pour moi un ensemble
de règles de sagesse à observer. La forme étendit
ses bras une fois de plus dans ma direction, psalmodia des mots
d'une grande tendresse et s'éloigna graduellement jusqu'à
disparition de ma vue.
Je
m' "éveillai " de ce sommeil, conscient du fait
que j 'étais toujours dans mon premier sommeil et rêve.
Je reconnus l'arbre au pied duquel je m'étais endormi. Je
ne voulus en aucun cas revenir dans un état de veille complet,
me plaisant beaucoup dans cet "univers-dans-l'autre" que
j'expérimentais. Un profond sentiment de gratitude m'inonda.
Je regardai l'horizon et me mis à penser à des mots
avec l'intention de les voir s'inscrire dans le ciel dans une gigantesque
fresque, comme une preuve de mon abandon à la forme qui avait
daigné me visiter. J'offris un poème; j'offris mon
innocence :
"
Incommensurable est l'élan de mon cur,
Indescriptible, la profondeur de mon Amour.
Vulnérable et cependant fort,
J'escaladerai les plus raides montagnes,
Accroché aux ailes d'une colombe,
Pour regarder dans la mer de tes yeux.
Si je devais, perdant haleine, invoquer les dieux,
Si, dans un moment de faiblesse, je devais frémir,
Que les papillons de Vénus,
Aussi innombrables que colorés, sculptent mon corps,
M'élevant jusqu'au seuil de l'Initiation
Où enfin, mon Amour pour toi
Dans sa réalité, me serait révélé.
Grands poètes, musiciens et griots,
Engeances d'une influence de la Beauté,
J'ose en appeler à vous,
Pour immortaliser une histoire d'Amour,
Et apposer sur ses pages quotidiennes,
L'imprimatur de vos mots-pouvoir ;
Et puis-je dire à ma bien-aimée
Je t 'aime !
Je t'aime !
Je t'aime !
"
(A
Suivre
A Suivre
A Suivre
)
Jean-Pierre
Simons
© 2003
Note : (1) "Efa'a Ngon"
est un nom qui signifie dans la langue Béti au Cameroun "Demi-lune".
Note: Les
précédentes Lettres peuvent être lues à
l'adresse suivante:
http://www.sighes.com/news_letters_lettres_publiees.htm
|